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La Lettre de Jim Womack en version française

Avec l'accord du Lean Enterprise Institute, nous vous proposons régulièrement la traduction en Français de la lettre de Jim Womack. Toute reproduction publique, même partielle, de cette traduction est soumise à autorisation. Les lettres archivées sont accessibles en bas de page.

La dernière lettre : La Concurrence vaut-elle le lean ? (5 septembre 2004)

Je lisais récemment un article du professeur Michael Porter (co-auteur avec le professeur Elizabeth Teisberg) dans le numéro de juin de la Harvard Business Review portant sur le problème de la croissance continue des coûts du système de soins, lesquels s'avèrent concomitants à une stagnation de la qualité à des niveaux inacceptables. En tant qu'économiste, le professeur Porter croit que la meilleure solution à ce problème est d'introduire plus de concurrence dans le système, en particulier pour les traitements connus des maladies connues, en laissant les patients choisir entre divers fournisseurs.

Nous avons tous réfléchi à la solution au problème de la santé et le professeur Porter pourrait bien être sur la bonne piste. Mais ce que j'ai trouvé frappant dans sa proposition est sa foi inébranlable dans le fait que la concurrence réduira rapidement les coûts et améliorera spectaculairement la qualité. Abracadabra ! La concurrence vaut le lean et tous les fournisseurs dans le domaine de la santé vont atteindre un niveau de performance suprême.

Nous autres du mouvement lean avons constaté des choses bien différentes. Même dans des industries extrêmement compétitives comme l'automobile, nous observons que, pendant des décennies, bien des sociétés – General Motors me vient à l'esprit – n'ont pas vu leurs dirigeants se pencher sur le besoin de créer des process lean dans chaque activité significative de leur métier. Et, dans les industries ou il n'existe pas de "Toyota" – la santé vient immédiatement à l'esprit –, il faudra qu'un des acteurs fasse une percée en appliquant les principes lean pour la première fois avant que quelqu'un d'autre ne ressente la pression de la concurrence. (Souvenez-vous que si chaque concurrent dans une industrie est fondamentalement incompétent, la concurrence peut réduire les marges des fournisseurs mais ne fera pas grand chose pour réduire les coûts ou améliorer la qualité pour les clients.)

Donc la concurrence aidera certainement à progresser dans le domaine de la santé (comme dans tout autre secteur de l'économie) mais ce n'est certainement pas suffisant. Ce qui pourrait être suffisant, c'est un effort implacable de mise en place d'un processus parfait pour chaque activité créant de la valeur. Cela doit se faire au niveau des processus de diagnostic et de traitement pour les maladies connues, mais cela demandera également un processus lean pour toutes les activités support de ces processus. Délivrance de médicaments et autres fournitures à temps sans aucun gaspillage ni aucune erreur, fourniture des renseignements que les patients et les personnels médicaux attendent de la part des planificateurs, mise en place de dossiers médicaux, et tests réalisés exactement au moment où le besoin s'en fait sentir, à bas coûts, sans erreur, déplacement de chaque patient le long du processus de diagnostic ou de traitement sans (coûteuse) étape inutile, sans attente et sans erreur.

C'est le vrai défi qui se pose aux penseurs lean dans le domaine de la santé et j'espère que nous tous, dans le mouvement lean, nous partagerons notre savoir des méthodes avec nos amis de la santé pour y faire face efficacement le plus vite possible.

Jim WOMACK
Président et fondateur du Lean Enterprise Institute
Merci à Emmanuel JALLAS, LYSIPPE Consulting, pour cette traduction.

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